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L’autonomie stratégique de l’Europe.Un système intégré de sécurité internationale doit remplacer le mot «Paix», vague et discrédité.



Nous assistons à la destruction du système de sécurité européen, il n’y a plus de place pour l’autonomie stratégique de l’Europe, dont rêve le président français Emmanuel Macron. Le moment est venu de repenser tous les mécanismes existants, et dans certains cas de remplacer complètement les pièces rouillées. Un ordre international fondé sur la suprématie du droit international, garantissant la souveraineté des États et l’inviolabilité des frontières a montré son efficacité, mais sans souci de la défense il est fragilisé par les civilisations et les états qui ne partagent pas les valeurs Occidentales. 


Nous sommes confrontés à la défense d’une nouvelle frontière : celle des valeurs. L’Occident doit réussir le test de sa capacité à défendre un tel ordre international et surtout ces valeurs, ce qui signifie qu’il doit déployer tous les efforts possibles pour restaurer l’intégrité territoriale de l’Ukraine en tant que sa frontière est-européenne et établir un système intégré de sécurité internationale pour éviter une guerre reportée. Il s’agit d’un test de subjectivité géopolitique et de capacité à assurer la sécurité sur le continent européen de manière indépendante ou avec des partenaires européens. C’est là que devraient se concentrer les efforts de médiation de la communauté internationale


Le concept de paix est discrédité et cela se démontre tous les jours depuis deux ans. 

Il n’est pas exagéré de dire que la question de la paix est la question numéro un à l’ordre du jour dans tous les pays du monde. Mais il convient aujourd'hui de souligner que le concept même de « Paix » en tant qu'état sans guerre a perdu son sens premier et a été complètement discrédité précisément par la médiation internationale, ce que j'appellerais plutôt le discrédit du concept de "Paix". Premièrement, la question de la paix ne doit pas être posée à l’Ukraine, mais à la Russie, qui peut arrêter la guerre à tout moment en retirant ses troupes au-delà des frontières internationalement reconnues de l’Ukraine en 1991. Rappelons que l'inviolabilité des frontières et le respect de la souveraineté étaient les principes fondamentaux du système de sécurité international jusqu'au 24 février 2022. 


Aujourd’hui, l’ancienne formule de sécurité internationale n’existe plus. Ce système a été complètement détruit par la Russie et ses complices iraniens et chinois. Il s’agit d’une dure réalité qui doit être acceptée, intégrée et non cachée derrière les plans de paix illusoires que l’Ukraine reçoit presque chaque jour, comme si la fin de la guerre dépendait des seuls ukrainiens. Il est nécessaire arrêter l'agresseur, pas la victime. Mettre un terme à la résistance de la victime entraînera sa mort. L’arrêt de la guerre par l'Ukraine signifie cesser de défendre son honneur, sa souveraineté, sa vie. Par conséquent, soyons francs : les plans de paix imposés par divers médiateurs ne sont pas conçus pour une vie future plus sûre, ce sont des plans de capitulation de l'Ukraine, des plans de disparition de l'Ukraine, des plans d'approbation d'un nouvel ordre mondial selon la version et les stratégies de la Russie. C’est pourquoi l’Ukraine rejette résolument tous ces pseudo projets. 


L’Ukraine a une proposition différente. Le premier constat est simple : Après avoir affronté au front la soi-disant deuxième armée du monde, après l'invasion perfide de notre territoire, l'Ukraine a compris que seule la force pouvait arrêter la Russie. Ensuite il est aujourd’hui avéré qu’un système international de sécurité est la base de l’établissement d’une paix durable. Une paix durable n'est pas seulement le rétablissement de l'intégrité territoriale et de la souveraineté de l'Ukraine, c'est un ensemble de décisions, de mesures et de volonté politique, sans lesquels la fin de la guerre actuelle ne sera rien d'autre qu'une guerre reportée, condition préalable à une revanche ultérieure, engrenage fatal.  


Comment créer les conditions d’une paix durable en tant que système international ?  En première urgence il faut neutraliser la Russie. Elle est aujourd’hui reconnue par le monde démocratique comme un État terroriste. Le terroriste est connu pour violer tous les traités internationaux existants en matière de dissuasion et de sécurité. Un terroriste tue, revendique le droit de la force, le droit à la vengeance géopolitique. La neutralisation d’un tel terroriste devrait faire partie de la nouvelle stratégie de sécurité internationale. L’expérience pratique montre l’impossibilité de parvenir à un consensus avec ceux qui aspirent à vous tuer alors que vous cherchez à survivre. Il n’y a pas de points d’intersection pour trouver un intérêt commun. Par conséquent, toute médiation entre les deux parties n’a aucun sens, tandis que les conséquences en matière de détérioration de la réputation des médiateurs peuvent être colossales. 


Comment peut-on neutraliser la Russie ? Il ne suffit pas de la vaincre uniquement sur le territoire ukrainien. Puisqu’il s’agit d’une guerre hybride, c’est-à-dire multidimensionnelle (économique, alimentaire, médiatique, idéologique, génocidaire, existentielle, etc.), la défaite de la Russie doit intervenir dans toutes les dimensions de cette guerre hybride. La Russie doit être vaincue sur tous les fronts où elle manifeste son agression, y compris sur les terrains comme la Biélorussie, la Transnistrie, le Caucase, le Moyen-Orient, la Chine et l’Afrique. Tout comme dans les conflits gelés dans tout l’espace post-soviétique, sans oublier l’espace économique mondiale et les réseaux numériques où elle mène ses manœuvres d’ingérence contre nos institutions, nos entreprises, nos démocraties.


La guerre totale et multidimensionnelle menée par la Russie contre l'Occident, que l'Occident refuse de reconnaître depuis 23 mois, a révélé toutes ses faiblesses face aux menaces extérieures alors qu’une réalité plus large menace : Le risque d’unification du monde non occidental avec la Russie souligne que la stratégie du Business as usual est erronée. Il est temps de rappeler les valeurs autour desquelles se sont construites la civilisation occidentale et la démocratie. Lorsque l’Occident se réveillera et reviendra à la politique des valeurs et s’éloignera de la politique des intérêts, alors l’Occident gagnera et neutralisera la Russie par la main des Ukrainiens. 


Par conséquent, le seul médiateur d'aujourd'hui est l'armée ukrainienne, qui, très lentement, préserve autant que possible la vie de ses concitoyens dans les conditions d'une guerre chaude, et neutralise progressivement l'armée russe, dont la défaite devrait entraîner la neutralisation de la Russie. 


Mais! Même la défaite de la Russie sur le territoire ukrainien ne signifie pas la neutralisation de la Russie. Une telle défaite ne signifiera pas la victoire finale de l`Ukraine et de l`Occident sur les Russes et leurs alliés dans cette guerre mondiale contre l’Occident. La défaite de la Russie sans la mise en place d’un système intégré de sécurité internationale ne signifierait qu’un report de la guerre. Une guerre ultérieure entraînerait encore plus de victimes et encore plus de déstabilisation de l’ordre international. 


Il est nécessaire de poser une question aiguë, mais nécessaire : « Quel type de Russie sera acceptable pour le monde moderne, pour évoluer vers un développement progressif sans guerres ni agressions ? Dans cette perspective il est indispensable de parler de démilitarisation, de dénucléarisation, de « déchauvinisation », de réhumanisation, de démocratisation. Que deviendra la Russie après sa défaite militaire au front ? C’est peut-être de cela que devraient se préoccuper les médiateurs aujourd’hui ? La bonne nouvelle est que l’Ukraine a également une réponse à ces questions. La société civile ukrainienne est très mature, après trois Maïdans et une guerre sanglante, nous sommes donc prêts à aider avec les restes de la société civile russe, aujourd’hui dispersée dans le monde entier (2 millions de Russes parmi les plus instruits se trouvent hors de leurs frontières) et les forces démocratiques européennes confrontées aux montées du populisme. Unissons-nous devant les défis de la sécurité intégrale de l'Europe pour un futur meilleur ! 




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